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« À ce niveau, c’est inédit » : Pourquoi Marchand ne parle-t-il quasiment pas aux médias ?

Discret, Léon Marchand fut jeté sous les feux de la rampe cet été. Propulsé à 22 ans comme une légende du sport français, il a sans doute eu plus de mal à gérer sa notoriété soudaine que ses douze travaux dans l’eau du bassin olympique. Depuis la fin des festivités, il s’est terré n’accordant que deux interviews. Sa discrétion médiatique peut-elle coller avec son nouveau statut ?

SCH est un sacré veinard. « Merci SCH », c’est court mais c’est déjà beaucoup pour Léon Marchand, homme de peu de mots. Depuis les JO et les paralympiques, hormis quelques émojis traduisant son mécontentement envers la baisse de moyens alloués à l’État pour le sport, c’est peu dire que le quadruple champion olympique est resté discret sur X. Discret et même absent sur de longues séquences simplement alimentées par des retweets parce qu’il préfère quand ce sont les autres qui parlent de lui. Sur Instagram, quelques photos de son voyage à la Réunion et c’est à peu près tout.

Dans les médias, ses apparitions sont au moins aussi sporadiques. Deux depuis le tourbillon des Jeux : un micro-chaussettes chez Squeezie avec son frangin et un tête-à-tête avec Mouloud Achour, qui a décidément le chic pour dégoter les exclusivités des superstars du sport français ces temps-ci. Même les talk-shows les plus puissants de France en sont pour leur frais. « Léon Marchand, je pense que ça fait deux ans que je saoule nos programmateurs pour l’avoir », confiait Anne-Elisabeth Lemoine, la présentatrice de C à vous, dans les colonnes du Parisien. Peine perdue jusqu’ici.

Le Toulousain parle peu, très peu. Il n’a pas répondu aux sollicitations de L’Équipe qui lui a pourtant remis les prestigieux titres de Champion français et international de l’année. Ne croyez pas que le jeune homme a une dent contre le seul quotidien de sport français. En réalité, tous les médias sportifs hexagonaux, Eurosport compris, ont essuyé le refus poli de son clan depuis la fin des Jeux.

Pas de jaloux, pas de favoritisme : tout le monde est logé à la même enseigne. Les Marchand, accompagnés par leur avocate, Maître Carole Bluzat, entretiennent une remarquable constance dans le domaine. Et alors que nous avons tenté de les solliciter pour tenter de comprendre ou à défaut de tenter d’avoir des explications sur un tel mutisme, la réponse fut sans surprise : « Nous ne souhaitons pas communiquer. » La dernière, et la seule fois, que la famille s’est exprimée sur les performances saisissantes du fiston remontent au 5 août 2024 sur le parvis de la Paris La Défense Arena au lendemain de sa cinquième médaille.

Isabelle Langé, cheffe des informations au service des Sports de RTL, signe une chronique, la Table à Langé, depuis les Jeux de Rio où elle interroge les parents des plus grands sportifs français. « J’ai dû interviewer une cinquantaine de familles depuis 2016 : les Riner, les Mayer, les Karabatic, les Lebrun, les Manaudou, énumère-t-elle. Mais les Marchand n’ont jamais voulu, j’ai pourtant connu Xavier comme nageur. ‘Nous ne ferons rien’, m’a-t-il répondu. »

Avant les JO, le clan Marchand avait tout fermé. Pas question de perturber la routine du champion dans la préparation de l’échéance olympique. Une logique suivie par de nombreux Bleus peu enclins à s’exposer à la pression populaire. Et après ? Il s’est contenté donc de deux émissions. Pourquoi ? Parce que l’exercice médiatique n’est pas le terrain de jeu préféré de l’introverti Léon Marchand. Jeune homme poli et bien élevé, le quadruple champion olympique se préserve d’un exercice qui pourrait soit l’éloigner de ses objectifs sportifs soit le placer dans des situations inconfortables.

Pendant les JO, il s’inquiétait de l’après lors d’un entretien accordé au Parisien : « Le plus dur, c’est la récupération. Tous les gens qui se rapprochent autour de moi et qui n’étaient pas forcément là il y a trois ou quatre ans. Pareil pour les polémiques à deux balles, ce n’est pas facile. On a dû régler pas mal de problèmes les premiers jours. J’ai juste envie de montrer qui je suis et je ne suis pas quelqu’un qui veut polémiquer à tout-va. » Il fait référence ici à cette petite fille qui avait tenté sa chance pour obtenir un de ses autographes, en vain. Une histoire relayée par La Matinale de TF1 qui s’était finalement bien terminée.

Et puis, surtout, il n’aime pas vraiment ça. C’est ainsi qu’il faut aussi lire l’aridité de ses posts sur ses réseaux sociaux : « Je suis d’un naturel timide, je vais rester moi-même pour ne pas perdre d’énergie », confiait-il avant les Jeux. Modeste, réservé, il ne veut pas jouer de rôle et cultive une forme de célébrité n’a jamais été son moteur. Bien au contraire.

Cette discrétion ne l’empêche pas de nourrir une popularité démesurée. Sportif préféré des Français, il a pris la tête de la nouvelle vague de coqueluches qui ont remplacé les footballeurs dans tous les sondages post-JO. Sa réserve n’entrave ni sa notoriété ni l’image qu’il renvoie auprès du public. Pour le dire autrement, ça marche ainsi dès lors pourquoi changer ? Un quadruple champion olympique qui ne parle quasiment pas, un champion de cette envergure qui se refuse aux grands médias traditionnels, « à ce niveau, c’est inédit », note Isabelle Langé qui suit les plus grands champions tricolores depuis plusieurs décennies.

Pourtant, il n’est pas le premier à vivre sa soudaine notoriété davantage comme un fardeau que comme une bénédiction. De Marie-José Pérec à Laure Manaudou, les exemples sont nombreux de champions ou de championnes accablés par une attention médiatique qu’ils n’avaient ni demandée ni anticipée. Mais, si ses relations avec les médias ont souvent été ombrageuses, Laure Manaudou répondait, par exemple, aux sollicitations de L’Équipe quand en 2004 et 2006, le journal lui décernait le prix de champions des champions français.

« On faisait en sorte qu’elle fasse ce qu’elle devait faire, et notamment les médias traditionnels. Ceux qui suivent le sport sont des relais incontournables, nous renseigne son avocat de l’époque, Didier Poulmaire. C’est une manière aussi de partager. Quand vous êtes aimé des Français, vous n’avez pas d’autre choix que de donner quand même aussi. Il faut partager. Ce public qui vous supporte et qui vous idolâtre, il a envie de savoir ce qui se passe. »

L’avocat, qui a également géré la carrière de Yoann Gourcuff, lui aussi peu enclin à s’épancher dans des interviews fleuves, voit deux risques qu’encourt Marchand s’il continue de cultiver sa diète médiatique. Le premier est de fragiliser le lien qui l’unit à son public : « Pour les footballeurs, c’est facile, vous les voyez tous les week-ends. Mais, Marchand, comme la plupart des sportifs olympiques, est invisible pendant des mois. » Le second risque est commercial selon une formule très simple et basique : moins d’exposition médiatique, donc moins de revenus liés à l’image.

« Se priver des médias traditionnels, c’est se tirer une balle dans le pied, continue Poulmaire. Parce qu’ils sont quand même très puissants, et les annonceurs y sont aussi très sensibles. Il est essentiel pour un sportif olympique d’avoir une stratégie d’image très bien structurée avec un véritable plan d’action et de conquête commerciale. Dans 20 ans, il y en aura d’autres à sa place. Et qu’est-ce qu’il restera pour Marchand ? L’enjeu de monétiser pour lui est crucial parce que, contrairement au foot, vous n’avez pas de source de rémunération d’un club. Donc, ça change tout. »

Autour de Laure Manaudou, une équipe de six salariés, dont certains à plein temps, travaillaient l’image de la nageuse. Chez les Marchand, c’est loin d’être une obsession. On fait ça en famille, adossé à l’avocate Carole Bluzat. Aujourd’hui, ses seules performances, il faut le dire exceptionnelles, permettent à Marchand d’être à des niveaux gigantesques de popularité et de nouer des partenariats avec des marques prestigieuses (LVMH, Porsche, Omega). Il n’est pas certain que le quadruple champion olympique soit sensible aux arguments de Maître Poulmaire.

Le Toulousain, jeune homme très cérébral qui cultive toujours une forme d’originalité, a choisi son chemin avec ses propres codes et ses propres règles. Comme dans les bassins où il détonne par sa façon d’imposer des décisions qui peuvent sembler impossibles, doubler le 200m papillon et le 200m brasse le même jour aux JO par exemple. « L’argent n’entre pas du tout dans l’équation pour moi, confiait-il dans Clique. Ma motivation ça reste de nager vite, pas de gagner de l’argent. J’aurais une autre vie après la natation, je vais travailler, je vais découvrir des projets. Ce n’est pas du tout ma motivation. »
Plutôt que les conseils de Didier Poulmaire, Marchand suivrait davantage la punchline de SCH dans Loup noir : « Vivons cachés, vivons gantés, faisons l’tour du monde entier. »

Eurosport

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