Dans le doute et touché moralement ces derniers mois, auteur d’un début de saison très quelconque, Casper Ruud a brusquement surgi à Madrid. Même lui ne s’attendait pas à s’imposer dans la capitale espagnole, où il a décroché le premier titre de premier plan de sa carrière en battant Jack Draper en finale. A l’approche de Roland-Garros, ça ne pouvait pas mieux tomber.
Ironique. Voilà comment Casper Ruud qualifie son sacre à Madrid, le premier de sa carrière après six échecs dans des finales de premier plan, que ce soit en Grand Chelem (US Open 2022, Roland-Garros 2022 et 2023), au Masters (2022) ou en Masters 1000 (Miami 2022, Monte Carlo 2024). Une grande première au moment où il avait chuté au classement dans des proportions inédites pour lui depuis près de quatre ans, où son début de saison n’était guère conforme à ses ambitions. Surtout, il vient de traverser ces derniers mois une phase psychologiquement très délicate.
Dépression, burn out, ras-le-bol, difficile de mettre des mots exacts sur ce qu’a traversé l’ancien numéro 2 mondial, mais il a vécu ce que beaucoup de ses collègues, hommes ou femmes, vivent un moment ou un autre au cours de leur carrière. « La vie sur le circuit est difficile à bien des égards, avec beaucoup de déplacements, de voyages, et j’en étais arrivé à un point où j’avais l’impression que c’était trop », explique-t-il.
Il dit avoir cherché et trouvé de l’aide et aujourd’hui, tout va mieux. Mais il a fallu du temps pour que son rendement sur le terrain se mette à nouveau en adéquation avec son ressenti en dehors. C’est enfin le cas : « Si on compare cela à, disons, une difficulté technique dans son jeu, ce n’est pas facile de ressentir une amélioration immédiate. Cela peut prendre des semaines, voire des mois. Mais mentalement, j’ai vraiment l’impression d’être dans une meilleure forme maintenant que la semaine dernière et encore plus qu’il y a deux ou trois semaines. »
Cela s’est matérialisé à la Caja Magica. Même s’il n’aurait pas forcément misé dessus. « Si on regarde ma saison, oui, c’est un peu ironique de me voir gagner mon premier Masters 1000 ici et maintenant, admet Ruud. Il y a eu un très bon tournoi, à Dallas, où j’ai atteint la finale, et à part ça, j’ai souvent perdu plus tôt que prévu. Comme à Monte-Carlo ou Barcelone, où j’ai été éliminé beaucoup plus vite que je ne l’espérais. Alors, les semaines passent et on se dit ‘Il faut que je sois plus performant’. Mais une saison, c’est long. C’est un marathon, pas un sprint. »
Dans ce marathon, il vient de placer un sacré coup d’accélérateur avec ce titre à Madrid. « J’ai vraiment fait un pas en avant, confirme-t-il. Ça fait du bien. C’est vrai que ça aurait presque été plus logique que je gagne mon premier grand titre il y a un an qu’aujourd’hui, parce que depuis Roland-Garros, j’ai connu une période très difficile et je n’ai pas obtenu beaucoup de résultats. Mais ici, à Madrid, j’ai à nouveau enclenché la marche avant et ça valait le coup d’attendre. »
Il ne pouvait pas y avoir de meilleur moment pour lui pour redémarrer. A trois semaines de Roland-Garros, sans doute le tournoi du Grand Chelem où il conserve les meilleures chances d’aller au bout. « Je l’espère. Honnêtement, souffle-t-il, avec cette victoire, je me suis remis en bonne position. Je n’ai que des bons souvenirs à Paris. Je pense que je suis un bon joueur sur terre battue et que je serai encore plus difficile à battre au meilleur des cinq sets sur cette surface. Je sais que je n’ai pas besoin d’être excellent à chaque point ou à chaque match, mais je peux physiquement rester longtemps sur terre et rendre la tâche difficile à mes adversaires. »
Requinqué mentalement, peut-être libéré par cette première victoire de grande envergure, Casper Ruud a de vrais arguments à faire valoir à Roland-Garros. Son passé sur cette surface, dans ce tournoi, sa forme retrouvée du moment, tous les voyants ou presque sont à nouveau au vert. « Il y a Rome et après, je suis inscrit à Genève. Puis on verra comment ça se passe à Paris. Mais il y a des semaines passionnantes à venir, et je crois que ma victoire à Madrid aura montré aux autres que je suis là. » Et bien là.
Source : Eurosport
