Dans la chaleur de Keur Mbaye Fall, au cœur de la banlieue dakaroise, un latéral droit au talent brut a fait le pari du cœur. Timide en dehors, intraitable sur le terrain, Bocar Dia incarne la fidélité à son maillot et à ses racines. L’ASC Deukeundo tient là bien plus qu’un joueur : un véritable guerrier moderne, déjà courtisé, mais qui a choisi de relever le défi suprême : porter son quartier au sommet. Rencontre.
À l’ASC Deukeundo, dans la zone 14 de Keur Mbaye Fall, commune de Mbao, il est un nom que les supporters murmurent avec fierté et que les attaquants adverses redoutent : Bocar Dia. Du haut de son couloir droit, ce latéral moderne, aussi réservé dans la vie qu’il est explosif balle au pied, s’impose comme l’un des tout meilleurs à son poste dans le championnat Navétanes.
Alors que les sirènes des transferts résonnaient jusqu’à la rue 10 Darou Salam où il réside, Bocar a pris une décision rare. Il est resté. Pour défendre son fief, pour écrire une histoire qui porte les couleurs de Deukeundo. Un choix fort, presque romantique, qui en dit long sur l’attachement viscéral qu’il voue à son quartier. Nous l’avons rencontré pour un entretien sans fard, où l’humilité du garçon contraste magnifiquement avec l’ambition du compétiteur.
Rester à Deukeundo alors que d’autres seraient partis, c’est un choix fort. Qu’est-ce que ce quartier représente vraiment pour toi ?
Bocar Dia : Ce quartier, c’est tout pour moi. Je veux écrire l’histoire en portant le maillot de l’ASC Deukeundo, ici, chez moi.
On dit que tu as refusé des propositions pour rester. Qu’est-ce qui a fait pencher la balance ?
C’est vrai, j’ai décliné beaucoup de propositions. Avant tout, mon quartier d’abord. Et puis, j’ai un défi personnel : qualifier l’ASC au minimum en demi-finale cette saison. C’est une mission que je me suis fixée.
Comment se passe la préparation ? Sens-tu des évolutions par rapport à l’an dernier sur le plan physique et collectif ?
Oui, le groupe progresse très bien. Physiquement et collectivement, on est vraiment au-dessus par rapport à la saison passée. La mayonnaise prend.
As-tu changé quelque chose dans ton travail individuel pour être plus performant à ton poste de latéral droit ?
J’ai adapté mon style de jeu selon les consignes du coach. Maintenant, je m’applique à garder le ballon, à jouer proprement et à presser beaucoup plus haut. Le latéral moderne, c’est ça.
Justement, le latéral moderne doit autant défendre qu’attaquer. Quelles sont les consignes du coach et sur quoi insistes-tu le plus à l’entraînement ?
Le coach insiste énormément sur l’aspect tactique, sur le pressing et sur l’agressivité positive. À l’entraînement, je travaille sans cesse ces trois piliers pour être irréprochable.
Avec la chaleur et les terrains difficiles, quelle est ton hygiène de vie et ta routine de récupération ?
Franchement, j’ai une hygiène de vie assez stricte. Je dors neuf heures par jour, et après une bonne séance, je mange équilibré et je bois énormément d’eau pour bien m’hydrater. La récupération, c’est la base du métier.
Quel regard portes-tu sur le groupe cette saison ? Qui t’impressionne aux entraînements ?
L’ambiance est excellente, le groupe vit bien. Aux entraînements, je suis impressionné par Bakhao, qui a un esprit d’équipe exemplaire. Et Julbert aussi me bluffe beaucoup. Ce sont des moteurs.
En tant qu’enfant du quartier, ressens-tu une pression particulière de la part des supporters ?
Non, aucune pression, bien au contraire. Les supporters nous encouragent énormément. C’est une force qui nous porte, un vrai soutien.
Quels sont tes objectifs personnels et quel message adresses-tu aux jeunes qui rêvent de prendre ta place un jour ?
Mon objectif personnel, c’est de gagner le trophée cette année, inch’Allah. Et je sais que tous les autres partagent cette même ambition. Aux jeunes du quartier qui rêvent de me succéder, je leur dis simplement d’être patients et de travailler dur : un jour, leur tour viendra.
Enfin, si tu devais définir la saison à venir de l’ASC Deukeundo en un mot ou une image, que choisirais-tu ?
Je suis confiant. On va faire une grande saison, parce que le coach travaille très bien. Le reste, c’est à nous, les joueurs, de l’accomplir. Et on le fera, inch’Allah.
Discret mais déterminé, Bocar Dia trace sa route sans faire de bruit. Et dans le vacarme des Navétanes, c’est peut-être ça, la marque des plus grands : laisser parler le terrain.
Aziz Watt